Repreneuriat : Trois femmes aux commandes, et autant de façons d’inspirer la relève
Texte : Leïla Jolin-Dahel
Marie-France Gagnon mise sur l’économie industrielle québécoise
Participer à l’économie manufacturière du Québec, c’est ce qui a incité Marie-France Gagnon à acquérir ScanMeg. L’entreprise située à Boisbriand se spécialise dans la fabrication de capteurs destinés à l’industrie du bois.
Crédit photo : Pierre Arsenault
« J’avais envie d’amener une nouvelle vision, un nouveau souffle à une entreprise, et contribuer à l’économie du Québec, raconte celle qui est présidente et coactionnaire de ScanMeg. Je ne voulais pas simplement la racheter pour la revendre dans cinq ans, après lui avoir donné un peu de valeur. »
Avant de se lancer en affaires, Marie-France Gagnon avait déjà côtoyé bon nombre d’entrepreneurs durant ses nombreuses années d’exercice en tant qu’avocate en droit des affaires, spécialisée en financement des organisations. « Quand tu représentes de grandes entreprises, tu apprends beaucoup de choses sur un paquet d’industries : le bois, la pharmaceutique, l’énergie, l’aviation… », énumère-t-elle. Une profession qui a longtemps nourri sa soif de nouvelles connaissances.
C’est justement cette curiosité insatiable et son besoin de relever des défis qui l’ont amenée à se tourner vers le repreneuriat. « Il y a un sentiment d’accomplissement qui vient avec le financement d’un projet, illustre-t-elle. Mais j’avais maintenant envie de le faire pour mes propres idées. J’étais motivée à trouver la bonne organisation pour moi. »
ScanMeg s’est démarquée du lot, avec son expertise dans un domaine de pointe et son potentiel de croissance, explique Marie-France Gagnon. « C’est une petite entreprise de Boisbriand, mais qui vend ses produits à travers le monde, avec des clients qui reviennent pour bénéficier de son savoir-faire », souligne la dirigeante.
Collaborer pour diriger
À son entrée en poste, Marie-France Gagnon a relevé le pari de mobiliser les équipes en place autour de sa vision pour la croissance de ScanMeg. Une approche collaborative qui a porté ses fruits. « Un an après, les employés avaient le sentiment que nos projets étaient une démarche collective et que ça leur donnait l’envie de s’engager dans leur réalisation », se réjouit-elle.
Aux autres femmes, elle désire inspirer la volonté d’oser. « Si j’avais pu me donner un conseil il y a 10 ans, ça aurait été celui d’être plus ambitieuse et de connaître ma valeur, dit-elle. En s’entourant des bonnes personnes, on peut foncer. »
La présidente travaille aujourd’hui sur plusieurs initiatives visant à assurer une croissance organique de l’entreprise. « Pour nous, il n’y a pas de limites », entrevoit-elle avec confiance.
2. France-Éliane Nolet : améliorer les soins de santé d’un océan à l’autre
Intrapreneure durant plusieurs décennies au sein de grandes organisations, France-Éliane Nolet vole aujourd’hui de ses propres ailes. Il y a deux ans, elle a repris Les Équipements Médicaux Leika, dont elle vise désormais à étendre les activités hors Québec.
Crédit photo : Nicolas Blais
« J’ai toujours pensé que je n’avais pas assez d’argent ni de couilles pour me lancer en affaires », raconte la PDG, qui a pourtant occupé des fonctions de direction en ventes au cours de ses 20 ans dans l’industrie des médias.
De nature intrapreneuriale, France-Éliane Nolet a notamment participé au virage numérique de La Presse et été recrutée comme vice-présidente chez Vidéotron. « Je trouvais une opportunité d’affaires et je la développais, se souvient celle qui a également présidé la Jeune chambre de commerce de Montréal à la fin des années 2000. Je prenais des projets qu’on ne me donnait pas. On me laissait faire, on me donnait le champ libre. »
L’échec comme levier vers la réussite
Après avoir senti le besoin de voler de ses propres ailes, France-Éliane Nolet a rencontré des défis lors de sa première expérience en repreneuriat. « Même si j’étais PDG, on me voyait encore comme une employée », se souvient-elle, qualifiant tout de même cet échec de « belle histoire ». « Ça a consolidé mon envie de me lancer en affaires. C’est dans les embûches qu’on finit par forger son caractère, sa résilience. Ça sert à déterminer ce qu’on veut et ce dont on ne veut pas », souligne-t-elle.
La chance lui a souri en 2024, année où elle a fait l’acquisition de Leika avec le fonds d’investissement privé Angus Capital. « L’entreprise est dans une optique de développement de nouveaux marchés et d’expansion, dit-elle. Et la vente, ça fait partie de mon ADN depuis le début de ma vie professionnelle ».
Désormais à la tête de l’organisation, France-Éliane Nolet innove avec un leadership authentique et de proximité. « Je mets les gens en contact. Je n’ai pas de problème à tendre la main aux partenaires, aux fournisseurs, et même aux concurrents, illustre celle qui étend progressivement les activités de Leika hors Québec. Ma façon de faire a été perçue comme un vent de fraîcheur et ça m’a rendu service. »
Aujourd’hui, France-Éliane Nolet ne regrette pas de s’être lancée en affaires. « J’ai quitté une cage dorée avec un poste de vice-présidente pour gérer une entreprise d’une vingtaine d’employés. Tout le monde pensait que j’étais tombée sur la tête, dit-elle. Il n’y a jamais de timing idéal, mais, avec du travail et de l’audace, on peut y arriver. »
3. Karina Massicotte : se faire dire non pour mieux se faire dire oui
Embauchée comme stagiaire aux Aliments Morehouse, Karina Massicotte a peu à peu gravi les échelons tout en gagnant la confiance de l’ancien propriétaire. Si bien que, depuis 2020, l’entreprise spécialisée dans la fabrication de condiments est devenue sienne.
« Comment j’en suis venue à faire de la moutarde? lance-t-elle. J’ai toujours été le mouton noir de ma famille. Si je l’avais écoutée, je travaillerais dans le secteur médical. Mais ce qui m’intéressait, c’était le domaine des affaires. »
Karina Massicotte a fait ses premières armes aux Aliments MoreHouse, alors qu’elle était encore étudiante à HEC Montréal. « De fil en aiguille, on m’a donné des promotions », raconte-t-elle.
C’est ainsi qu’en 2014, elle est devenue la directrice générale de l’entreprise, mettant sa créativité au service du développement des affaires. « Chaque année, on achète peut-être un ou deux pots de moutarde, alors que l’on consomme davantage de mayonnaise ou de vinaigrette », illustre-t-elle. Une constatation qui a amené les Aliments Morehouse à faire l’acquisition de la marque Le Grec, proposant une variété de vinaigrettes et de trempettes.
Oser se démarquer
Ces réussites ont semé chez Karina Massicotte le désir de se lancer en affaires. « Je traitais déjà l’organisation comme si elle m’appartenait », se souvient-elle. Cette envie lui a donné le courage d’oser faire part de son souhait de devenir actionnaire minoritaire au propriétaire de l’époque. « Il m’avait dit : “je peux t’accorder un meilleur salaire, des bonus, mais l’actionnariat reste dans la famille”. »
Malgré ce refus, l’idée avait fait son chemin. Voyant le dévouement de sa directrice générale et les retombées de ses efforts, l’ancien PDG revient sur sa décision et lui propose de reprendre les rênes de l’entreprise. « À partir de là, j’ai mis les bouchées doubles : j’ai fait construire une nouvelle usine et on a doublé nos ventes », se réjouit-elle.
Une expérience qu’elle dédie désormais à la poursuite de la croissance des Aliments Morehouse, notamment par l’acquisition d’autres acteurs de l’industrie. « Notre passion est de nourrir nos consommateurs avec des produits à la fois sains et abordables », explique-t-elle.
Aujourd’hui, Karina Massicotte se félicite d’avoir osé solliciter son ancien patron pour reprendre le flambeau. « Si je n’avais pas eu le guts de lui demander, peut-être qu’il n’aurait jamais songé à l’idée de me vendre l’entreprise, croit-elle. Un non au départ n’équivaut pas à un non pour toujours. »