Des initiatives qui changent la donne
Si la santé des femmes a longtemps été négligée dans la recherche, les soins et l’accompagnement offert, sont en train de changer. Voici cinq entreprises qui ont réfléchi à différents enjeux liés à la santé au féminin et qui ont développé une offre en conséquence.
Momenta ‒ De l’accompagnement pour les femmes dans leur transition parentale
Marie-Claude Viau
Comme cofondatrice du programme Femmes Leaders à l’Institut de leadership, Marie-Claude Viau est souvent allée à la rencontre des participantes aux formations axées sur l’ambition, la marque personnelle, le leadership féminin, etc. De quoi parlaient-elles systématiquement lors des pauses? De leurs enjeux à concilier leur vie professionnelle et familiale. Puis, Marie-Claude Viau est devenue mère.
En vivant à son tour ce sentiment de déchirement alors qu’elle souhaitait donner son maximum au travail et être présente pour sa famille, elle a eu besoin d’un accompagnement et d’un réseau pour la soutenir.
Et elle n’en a pas trouvé. C’est pour cette raison qu’elle a fondé Momenta dont la première cohorte a eu lieu en janvier.
« Devenir mère est un grand changement identitaire, explique-t-elle. Puis, après avoir passé un an sans dormir en apprenant à connaître une nouvelle personne, on revient au travail, on se sent coupable, mais en même temps, on veut poursuivre sa carrière. C’est un moment où les femmes se sentent vulnérables. Il y a des réflexions à faire, des discussions à avoir. Mais, c’est encore tabou et, sans que ce soit de la mauvaise volonté, les femmes sont souvent peu accompagnées par leur employeur. »
Or, passer cette étape sous silence peut être lourd de conséquences. « Plusieurs femmes ne se sentent plus à leur place dans leur organisation et se désengagent, remarque-t-elle. Je constate qu’elles sont souvent encore à la bonne place, mais la conversation doit avoir lieu. »
Parcours de cinq mois
Momenta offre donc un parcours de cinq mois pour accompagner les nouvelles mamans dans leur retour au travail. Différents ateliers, conférences et échanges d’une heure par semaine sont proposés en ligne, afin de limiter les déplacements. Par exemple, la chercheuse Sonia Lupien vient parler du stress des femmes.
L’objectif, c’est d’amener les participantes à s’informer, à échanger, à réfléchir à ce qu’elles souhaitent pour les prochains mois, puis à en parler avec leur gestionnaire.
« La femme peut choisir l’axe de la croissance, donc chercher à grandir dans l’organisation, indique Marie-Claude Viau. Ou, bouger sur l’axe horizontal, donc développer une autre facette de ses compétences, ou encore, aller vers l’axe de la décroissance pour éventuellement recommencer à croître. Ce sont des étapes qui font partie intégrante de la carrière. »
Jusqu’à maintenant, la moitié des participantes au programme de Momenta s’est fait rembourser les frais par son employeur. « Notre objectif, ajoute la fondatrice, est d’évoluer vers un modèle où les entreprises offriront nos services dans leur programme de soutien aux employés.
2. Juno Technologies ‒ Un dispositif pour réduire les douleurs menstruelles
Nanette Sene
Le dispositif pour réduire les douleurs menstruelles créé par Juno Technologies sera commercialisé en 2027. Nanette Sene et Lynn Doughane ont cofondé l’entreprise il y a cinq ans après avoir eu l’idée
lors de leur maîtrise en gestion de l’innovation et de la technologie à Polytechnique Montréal. Elles trouvaient que les femmes étaient laissées à elles-mêmes pour gérer cet enjeu et constataient que, encore aujourd’hui, les médecins ont seulement des médicaments à offrir à leurs patientes qui souffrent de ces maux.
« Or, les douleurs menstruelles sont la première cause d’absentéisme au travail ou à l’école dans le monde et c’est le problème gynécologique le plus courant, affirme d’emblée Nanette Sene, présidente-directrice générale de Juno Technologies. C’est aussi très tabou. Plusieurs femmes s’absentent sans dire la vraie raison. Nous trouvions qu’il était important d’agir. »
Instance de brevets
Comme l’entreprise est en instance de deux brevets, elle demeure secrète sur le fonctionnement de son dispositif. « Nous nous en tenons à dire que notre solution appartient au domaine de la neuromodulation, ce qui signifie que ça n’agit pas au niveau de la douleur, mais de la perception de la douleur, précise celle qui a complété un baccalauréat en génie mécanique. C’est le même principe que les anti-inflammatoires, mais sans médicament.»
Juno Technologies a tout de même déjà prouvé l’efficacité de son dispositif qui a été développé en partenariat avec des gynécologues et des utilisatrices. « Nous avons vu avec notre première étude pilote une réduction des douleurs menstruelles de 79 %, et 78% des participantes remplaceraient les médicaments par cette solution », précise-t-elle.
L’entreprise prépare maintenant une étude clinique avec un hôpital canadien afin de pouvoir faire des tests avec un plus grand échantillon et aller chercher davantage de données.
Comme il y a beaucoup de travail à faire pour se conformer à la réglementation dans le domaine des équipements médicaux, Juno Technologies prévoit déposer son dossier au Canada et aux États-Unis dans les prochains mois en vue d’une commercialisation en 2027.
« Nous visons d’abord le marché canadien et américain, qui est le plus gros pour les Femtech, précise Nanette Sene. Ensuite, nous viserons l’Europe. »
L’entreprise commence aussi à travailler sur une nouvelle ronde de financement pour soutenir sa phase de commercialisation. Elle a déjà levé plus de 1 million de dollars dans ses premières rondes de financement.
3. SaHera ‒ Un dispositif d’acupression auriculaire pour les femmes en périménopause
Lamia Guellif
Alors que les femmes en périménopause se retrouvent souvent avec des changements d’humeur, des bouffées de chaleur, des douleurs musculosquelettiques, de l’insomnie et des règles irrégulières, la start-up montréalaise SaHera est sur le point de lancer sa solution pour les soulager. Il s’agit d’un dispositif d’acupression auriculaire qui fonctionne un peu comme l’acupuncture, mais sans aiguille.
« Il est aimanté, donc il permet d’avoir une pression autonome sur les points en relation avec les symptômes de la périménopause », explique Lamia Guellif, cofondatrice et présidente-directrice générale de SaHera.
Formée en médecine en France, elle a eu l’idée de cette oreillette avec sa sœur alors que les deux utilisaient déjà l’acupression auriculaire pour leurs douleurs menstruelles.
« La périménopause vient avec toutes sortes de perturbations et les femmes sont souvent laissées à elles-mêmes pendant cette période qui dure environ 10 ans, remarque l’entrepreneure. Notre solution agit sur les symptômes pour les aider retrouver un certain équilibre dans ce moment où elles doivent faire de nombreux ajustements au niveau de leurs habitudes de vie, notamment dans leur alimentation et leur activité physique. »
Le dispositif vient aussi avec une application, en version gratuite ou payante, qui permet d’analyser où elles en sont, de prédire leurs symptômes et de donner des recommandations pour qu’elles puissent agir de façon préventive. « Nous avons fait une étude auprès de 48 femmes et 95 % d’entre elles nous ont dit qu’elles ont vu au moins deux symptômes être réduits après six mois d’utilisation », précise bLamia Guellif.
Une tendance à contrer
SaHera, qui est propulsée par l’incubateur technologique Centech, vient d’accumuler plus de 25 000 $ dans une campagne de sociofinancement.
La start-up se prépare à commercialiser son dispositif — actuellement en prévente — en novembre au Canada et aux États-Unis.
Aux yeux de Lamia Guellif, il est grand temps d’agir alors que, d’après la Fondation canadienne de la ménopause, environ 540 000 jours de travail sont perdus chaque année en raison des symptômes liés à la ménopause. Elle coûte aussi 237 millions de dollars par an aux employeurs en perte de productivité et 3,3 milliards de dollars en perte de revenus pour les femmes.
« Et ces femmes dans la quarantaine sont au sommet de leur carrière », souligne la cofondatrice de SaHera. L’entreprise travaille maintenant à sensibiliser les employeurs et les assureurs sur l’importance d’offrir des solutions d’accompagnement, comme son dispositif, aux femmes qui traversent la périménopause et la ménopause.
4. MamaGym & Co ‒ Un gym (avec garderie !) où les femmes se sentent bien
Roxane Yazdi
Dans une période difficile de sa vie, Roxane Yazdi a pris conscience de tout le pouvoir de l’entraînement. Au gym, elle a retrouvé sa santé mentale. Devenue coach il y a cinq ans, elle a réalisé que deux gros obstacles empêchent les femmes d’aller s’entraîner. D’abord, lors de leur congé de maternité, elles sont toujours avec leur bébé. Puis, certaines ne sont pas à l’aise dans les gyms où le niveau de testostérone est très élevé. C’est pour créer un lieu pour s’entraîner avec garderie où toutes les femmes se sentent bien qu’elle a créé MamaGym & Co, en 2025.
« Bouger, c’est important pour la santé physique et mentale, mais ça a aussi un impact sur plusieurs autres éléments du bien-être, comme le sommeil », explique Roxane Yazdi.
Dans son espace situé dans Hochelaga-Maisonneuve, ne cherchez pas les traditionnelles machines!
L’entrepreneure est une adepte, depuis 15 ans, de l’entraînement fonctionnel. Cette approche se concentre sur la pratique de mouvements du quotidien qui sollicitent simultanément plusieurs groupes musculaires.
Plus que des cours
L’offre est donc composée de différents cours de musculation et d’exercices cardiovasculaires.
« Le matin, j’ai plusieurs mamans en post-partum qui m’ont dit qu’elles ne seraient pas passées au travers sans venir aux cours », témoigne Roxane Yazdi.
La garderie est située dans la même pièce que le cours, mais est séparée par un rideau. « Les mamans entendent leur bébé s’il pleure, précise-t-elle. Mais, le rideau empêche le bébé de voir continuellement sa mère, donc il est plus calme. Le soir, ce sont souvent de plus grands enfants qui viennent avec leur mère et qui veulent la voir s’entraîner et l’encourager. »
Le gym est aussi un lieu de socialisation. « Les femmes se parlent de ce qu’elles vivent et plusieurs deviennent amies, remarque-t-elle. Elles s’encouragent aussi. Une femme qui n’a pas fait de sport depuis longtemps peut commencer sans gêne avec nous. Nous avons toutes commencé quelque part ! L’objectif, c’est de sortir d’ici en se sentant bien, en étant fière de soi. Il faut se lancer, sans attendre que ce soit le bon moment. »
L’entrepreneure cherche maintenant une associée pour ouvrir une succursale. « Je souhaite ouvrir un MamaGym & Co dans chaque arrondissement de Montréal, puis aller vers tout le Québec et le Canada, précise-t-elle. Je vois les retombées pour les femmes. »
5. SISMIK ‒ Créer des organisations où chaque personne peut atteindre son plein potentiel
Renée-Claude Paris
La majorité des femmes s’absenteront du travail pour au moins un congé de maternité. Puis, la charge mentale lors de la petite enfance en frappera plusieurs de front. Alors que les femmes deviennent mères de plus en plus tard, elles peuvent voir ensuite arriver rapidement leurs premiers symptômes de périménopause comme l’insomnie, l’anxiété et l’irritabilité. Que risque-t-il d’arriver si elles ne sont pas dans un environnement qui leur permet de s’épanouir dans toutes ces étapes ?
« Absentéisme, présentéisme, épuisement professionnel, invalidité, démission, énumère Renée-Claude Paris, présidente de SISMIK, une firme de développement organisationnel qui accompagne des PME. Aussi, l’entreprise risque de voir ses employées refuser des promotions parce qu’elles ne voient pas comment elles pourraient y arriver avec leur famille.»
Elle est donc d’avis que si les organisations ne font rien pour s’assurer que leur structure et leurs processus permettent aux femmes de pouvoir performer et d’avoir une carrière aussi enrichissante que leurs collègues masculins, c’est toute la société qui en paie le prix. « Ces femmes ont de l’expérience, elles sont compétentes, elles sont au sommet de leur carrière, ajoute l’entrepreneure. On en a besoin. »
Des changements gagnants pour toutes et tous aux yeux de Renée-Claude Paris, une partie de la solution est de faire des changements organisationnels pour amener une meilleure performance de toutes et tous.
« C’est important d’avoir des rôles clairs pour chacun et de bien structurer le travail, explique la consultante. Par exemple, choisir un duo pour gérer une équipe ou un projet. Comme ça, si l’une des deux personnes doit s’absenter, le travail continue d’avancer de façon fluide. C’est bon pour les clients et pour les employés qui sentent qu’ils peuvent s’absenter en cas de besoin. »
Il y a aussi toute la flexibilité, qui inclut notamment d’éviter les rencontres à 8 h et de pouvoir réduire ses heures de travail pour une période. « Les hommes et les femmes veulent une qualité de vie, affirme-t-elle. Si on veut les garder, il faut leur donner un environnement qui leur permettra de répondre à leurs différents besoins. »
Celle qui a cofondé SISMIK en 2015 mentionne aussi l’importance de bien développer le leadership des gestionnaires, notamment pour qu’ils puissent reconnaître les signes si quelqu’un dans l’équipe vit des moments difficiles.
« Les entreprises qui travaillent à offrir à leurs employés cet environnement qui leur permet de se réaliser pleinement seront celles qui gagneront la course dans le contexte d’affaires actuel super compétitif. »