À la rencontre de Marie Saint-Pierre
À la rencontre de Marie Saint-Pierre
PROPOS RECUEILLIS PAR RUBY IRENE PRATKA
Ça fait plus de 35 ans que je suis en affaires.
Je pense que je peux couper un tissu sans le regarder. Mon intérêt pour la mode est venu par ma mère et par sa connaissance des belles matières. Elle achetait peu de vêtements, mais ils étaient très beaux. Elle avait cette force de femme qui, malheureusement, est née à une époque où elle n’est pas allée à l’école longtemps. Même si elle était très douée, elle a été obligée de laisser sa place à ses frères parce qu’elle était une femme. Ça ne fait pas si longtemps que ça. Ma mère me disait toujours : « Sois indépendante. »
J’ai commencé à travailler très jeune parce que
j’avais envie de voyager; chaque fois que j’avais
un peu d’argent, je partais en voyage. J’ai étudié
en arts plastiques et en
communication, puis en design
de mode. J’aurais pu faire de
la sculpture, mais je trouvais
que, dans la mode, j’avais une
boîte à outils très large, avec
une espèce de rythme, de
changement permanent, que
je trouvais stimulant
J’ai grandi dans les années 70, à l’époque de la friperie, de la liberté, avec un côté très féminin, même pour les hommes : beaucoup d’imprimés, beaucoup de couleurs, beaucoup de tissus. Et après ça, le mouvement japonais est venu déstructurer la garde-robe. J’étais peut-être en dehors des codes de la mode typique, parce que Montréal est un pont entre la culture européenne et la culture américaine, et ma vision était à cheval entre ces cultures
J’avais envie de changer le monde, et plus particulièrement le monde des femmes. Je trouvais qu’on était souvent dans des esthétiques très opposées – soit très féminin, soit très masculin. J’utilise la féminité dans mon travail, mais je la transforme en une féminité puissante, qui n’a pas les codes de séduction, mais plutôt des codes de bien-être. Il faut qu’une femme se sente belle par rapport à elle-même et non par rapport à un homme uniquement ou par rapport à d’autres femmes. Pour ma part, je ne me sens pas genrée, je suis plutôt tomboy, mais en même temps, j’aime mon côté féminin qui me permet d’avoir des émotions, de réfléchir autrement.
« C’est infini, le nombre de façons dont on peut regarder un objet. »
Dans le monde de la mode, chaque nouvelle saison, c’est les Jeux « C’est infini, le nombre de façons dont on peut regarder un objet. » olympiques. Les athlètes qui vont aux Olympiques, y vont participent deux à trois fois. Nous, on fait ça année après année et il y a tellement peu de gens qui restent sur le podium. Je ne veux pas décourager les designers, mais c’est très difficile de durer dans ce métier.
Il y a beaucoup de nouvelles choses que j’aimerais faire. Je fais déjà de la robinetterie avec la maison Barry. Je veux dessiner plein d’autres choses. J’ai adoré faire du design intérieur, repenser l’espace de la maison. Je pense à l’intérieur d’une voiture aussi… N’importe quel habitacle. Parce que le vêtement, c’est quand même un habitacle. C’est infini, le nombre de façons dont on peut regarder un objet.