Une industrie de la construction plus inclusive

Une industrie de la construction plus inclusive

Le secteur de la construction a fait un pas de plus pour être davantage inclusif en matière de main-d’œuvre. La Commission de la construction du Québec (CCQ) annonçait ainsi, en novembre dernier, l’entrée en vigueur d’une nouvelle mesure visant à faciliter l’accès à l’industrie pour les personnes issues des Premières Nations et des Inuit, de même que pour les personnes représentatives de la diversité de la société québécoise. On fait le point avec Audrey Murray, présidente-directrice générale de l’organisme.

Les membres des Premières Nations et les Inuit, ainsi que les personnes issues de la diversité, peuvent désormais obtenir un certificat de compétence apprenti ou occupation lorsqu’un employeur leur garantit 150 heures de travail sur trois mois consécutifs. Et ce, à condition qu’il y ait 30 % ou moins de disponibilité des personnes titulaires d’un certificat de compétence apprenti (CCA) délivré pour un métier ou d’un certificat de compétence occupation (CCO), dans une région donnée. « On continue nos efforts pour mettre en œuvre des initiatives qui visent à favoriser le recrutement d’une main-d’œuvre qui est sous-représentée dans notre industrie », indique Audrey Murray, présidente directrice générale de la CCQ.

Des objectifs qui se mesurent

Cette nouvelle mesure vient notamment concrétiser l’engagement pris par la CCQ en 2024, lors de l’adoption du Plan d’action de l’industrie de la construction pour l’inclusion des Premières Nations et des Inuit (PACPNI) qui avait été élaboré en collaboration avec les partenaires autochtones, le gouvernement du Québec et les acteurs de l’industrie : « Ça ouvre maintenant davantage la porte aux gens de ces communautés qui n’ont pas obtenu de diplôme d’études professionnelles », explique Audrey Murray.

Bien qu’elle représente 1,4 % de la population totale du Québec, la population des Premières Nations et des Inuit compte pour à peine 0,4 % des travailleuses et travailleurs du secteur de la construction. Le PACPNI a fixé une cible globale pour atteindre au moins 1 % de main-d’œuvre active issue des Premières Nations et des Inuit d’ici 2034 sur les chantiers de construction.

L’exemple des femmes

La CCQ souhaite aussi accroître, au sein de l’industrie, le nombre de personnes représentatives de la diversité de la société québécoise, soit celles faisant partie d’une minorité visible ou d’une minorité ethnique, ou encore des personnes immigrantes ou handicapées. La CCQ espère répéter le succès obtenu avec les initiatives lancées il y a une dizaine d’années pour accroître la présence des femmes dans l’industrie. L’adoption du Programme d’accès à l’égalité des femmes dans l’industrie de la construction (PAEF), qui a donné lieu à plusieurs mesures permettant de soutenir le parcours des femmes et de créer des milieux de formation et de travail favorables et accueillants, a effectivement eu des résultats probants. À preuve : la présence des femmes dans le secteur de la construction au Québec a atteint un sommet historique en 2024, alors qu’elle représentait

4 % de la main-d’œuvre totale et 10 % des nouvelles personnes ayant accédé à un métier ou à une occupation dans ce secteur d’activité cette année-là.

Assurer l’intégration de ces nouveaux travailleurs

La CCQ entend maintenant promouvoir l’accès à l’industrie de la construction pour la main-d’œuvre et les entreprises des Premières Nations et des Inuit, ainsi que pour les personnes représentatives de la diversité. « Le recrutement dans l’industrie se fait souvent par le bouche à oreille, et les personnes de ces communautés ne font généralement pas partie de cet écosystème de réseautage qui compte 30 000 entreprises. Il y a donc du travail à faire pour promouvoir davantage les métiers et les occupations de l’industrie de la construction auprès de ces bassins de main-d’œuvre qui n’ont pas nécessairement le réflexe de penser à notre secteur d’activité comme lieu de travail », constate Audrey Murray. L’industrie de la construction devra aussi elle-même s’assurer de bien intégrer ces nouveaux employés. Déjà, « les associations patronales accompagnent les membres-entreprises pour rendre les chantiers et les milieux de travail plus inclusifs. Il y a aussi des cours offerts aux équipes de travail pour mieux apprendre à vivre avec la diversité en emploi », souligne Audrey Murray

Un carnet de commandes record

L’industrie de la construction a d’autant plus intérêt à agrandir son bassin de travailleurs et travailleuses qu’elle est confrontée, à l’instar d’autres secteurs économiques au Québec, à la rareté de la main-d’œuvre. Et ce, alors que ce secteur affiche un carnet de commandes historique et a atteint un niveau record de 216 millions d’heures travaillées en 2025. « Bon an, mal an, l’industrie a besoin de 17 000 nouvelles personnes pour construire ou mettre à niveau nos infrastructures, ou encore pour contribuer au développement économique de la province. Sans compter que les différents paliers de gouvernement veulent accélérer les travaux d’infrastructures pour stimuler l’économie », constate Audrey Murray. De plus, l’arrivée de grands projets liés au Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec amènera particulièrement les membres des Premières Nations et les Inuit à jouer un plus grand rôle dans les années à venir. Et pour cause : « ce Plan d’action est généralement lié à des ententes avec ces communautés, qui souhaitent aussi avoir des retombées positives en matière d’emplois », avance Audrey Murray. HIVER 2026 | Premières en affaires

Pierre Théroux