Anticiper l’avenir de la finance

Anticiper l’avenir de la finance

Évolution, rôles, diversification, inclusivité, impact des technologies… Comment se préfigure l’avenir des métiers de la finance? Nous nous sommes entretenus avec Florentina Dinu, Associée – Assurance chez BDO Canada, pour le savoir.

Les fonctions financières ont-elles évolué depuis un quart de siècle?

Oui, beaucoup. Les fonctions financières étaient autrefois essentiellement administratives et transactionnelles. Elles étaient centrées sur les coûts, la production des états financiers et la réalisation de prévisions budgétaires. À l’époque, les processus étaient également longs et pour la plupart manuels, car l’accès aux nouvelles technologies était limité.

La donne a changé à compter de l’an 2000, grâce au développement rapide des technologies : début de l’infonuagique, apparition des ERP, etc. Ces nouveaux outils ont permis aux entreprises d’avoir des analyses financières plus pertinentes. Puis la crise financière de 2008 a amené le renforcement des exigences réglementaires, ce qui a conduit à l’accroissement du rôle des financiers en gestion des risques. Par conséquent, les fonctions financières sont désormais très différentes de celles qui prédominaient il y a de cela 25 ans. Aujourd’hui, un directeur financier (CFO) n’assure plus seulement la supervision et la production d’informations financières. C’est un stratège en finance qui collabore avec l’équipe des opérations et peut contribuer aux décisions relatives aux investissements et à la gestion du capital.

collabore également davantage avec d’autres départements (RH, marketing, etc.) pour atteindre les objectifs organisationnels des entreprises

Comment l’IA transforme-t-elle le travail en finance actuellement?

On dit souvent que l’IA se développe plus rapidement que notre capacité à la suivre, dans le secteur financier comme dans d’autres. L’IA permet effectivement d’automatiser les processus et d’améliorer l’efficacité des opérations, il ne faut pas le nier. On voit donc certaines compagnies mettre des employés à pied pour les remplacer par l’IA. Mais est-ce le bon choix? Selon moi, cette intégration présente pour l’instant autant de défis que d’avantages. Il faut comprendre que le fonctionnement d’une IA repose sur les données qu’on lui fournit, ce qui exige l’apport d’informations provenant de plusieurs départements de l’entreprise; une démarche difficile à réaliser. On doit aussi tenir compte de la confidentialité des informations que l’on manipule. Alors, même si l’IA est très puissante, le jugement professionnel et les compétences humaines sont encore cruciaux en matière financière. Les entreprises ont besoin de personnes capables de comprendre, de valider et d’interpréter les résultats, ainsi que d’assurer la confidentialité des données

L'IA n'est pas, pour le moment du moins, destinée à remplacer des humains, mais plutôt un outil collaboratif qui leur permet d'agir et de réfléchir différemment.

Voilà pourquoi l'IA n'est pas, pour le moment du moins, destinée à remplacer des humains, mais plutôt un outil collaboratif qui leur permet d'agir et de réfléchir différemment.

À mesure que les organisations se modernisent, comment les directeurs financiers peuvent-ils équilibrer les investissements technologiques et ceux sur leurs équipes?

Au sein d'un environnement économique en mutation rapide, BDO investit à la fois dans le capital humain et dans la technologie. Je dis qu'il est essentiel d'apprendre à travailler en partenariat avec les outils technologiques afin d'obtenir les meilleurs résultats, mais qu'il ne faut pas sous-estimer la valeur des professionnels.

D'ailleurs, il est plus que jamais nécessaire d'investir dans le développement des talents, afin d'élargir leur capacité d'interprétation de l'information produite par la technologie. En renforçant les compétences de son équipe, on est en mesure d'identifier les hallucinations de l'IA et de distinguer les données fiables des données erronées.

Ce constat s'appuie sur de nombreux exemples. Pensons aux cas de jurisprudence inventés en cour. Ou encore, comme je l'ai vécu, à de faux chapitres comptables présentés de telle manière qu'un œil moins averti que celui d'un spécialiste pourrait y croire.

En tant que CPA vous-même, comment voyez-vous l'évolution de votre rôle?

Au même titre qu'un CFO, un CPA n'est pas seulement un comptable. Il dispose de connaissances en audit, en fiscalité, en gouvernance et en gestion d'entreprise, en plus de collaborer avec des utilisateurs d'états financiers. Bref, il aide lui aussi ses clients à établir des stratégies et à atteindre leurs objectifs commerciaux.

De plus, comme il fait partie d'un ordre professionnel, il est tenu de se tenir à jour et d'être à l'affût des changements réglementaires, ce qui fait de lui un allié précieux. Ou une alliée précieuse, puisque de plus en plus de femmes sont des CPA et des CFO. D'ailleurs, entre 2004 et 2023, le taux de professionnelles de la finance est passé de 6 % à 18,3 % dans les entreprises publiques. Ce n'est pas anodin.

Pouvez-vous nous présenter l'initiative BDO Femmes Architectes de Succès?

C'est un espace qui favorise la connexion et l'apprentissage entre des femmes directrices, CFO ou gestionnaires à travers le Canada. Grâce à des événements ciblés et à des échanges structurés comme des panels, elles peuvent partager leurs expériences et leurs ressources, apprendre les unes des autres et se soutenir pour être en mesure de naviguer dans un environnement en constante évolution.

L'initiative compte 14 leaders, mais elle attire des dizaines de professionnelles lors de chaque rencontre. Elle grandit chaque année et place positivement les femmes dans un milieu qui était auparavant plutôt masculin. Et si nous y croyons autant chez BDO, c'est parce que nous savons qu'elles participent à l'avenir du monde de la finance, exercent un leadership différent et sont en mesure de grandir dans leurs métiers si elles disposent des ressources et des leviers nécessaires.